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LES KOUKERI



Bulgare : кукери ; singulier : кукер, kuker) sont des hommes bulgares costumés qui effectuent des rituels traditionnels ayant pour but d'effrayer les mauvais esprits. Des traditions similaires existent dans les Balkans, en Grèce, en Roumanie et dans le région du Pont.


Les costumes couvrent la plupart du corps et incluent des masques d'animaux en bois décorés et de grosses cloches attachées à la ceinture. Autour du Nouvel an et avant Carême, les kukeri marchent et dansent dans les villages pour faire fuir les mauvais esprits à l'aide de leurs costumes et du bruit de leurs cloches.


Ils sont aussi censés assurer de bonnes récoltes, la santé et de la joie au village pour l'année.



La fête populaire Koukeri (Кукери) est une des plus anciennes célébrations rituelles festives parvenue à nos jours depuis l'Antiquité, bien avant que les Bulgares ne s'installent sur la péninsule des Balkans et fondent leur état. En effet, il s'agit d'une ancien rituel des Thraces relayé jusqu'à aujourd'hui.


Les hommes revêtent d'épaisses fourrures de chèvre (ou mouton), portent un masque horrifiant et agitent une ceinture de cloches de bétail qui produit un son tonitruant. Les déguisements varient de région en région, tout comme la période durant laquelle la coutume se déroule. Dans certaines parties de la Bulgarie les Koukéri ressortent aux alentours du Nouvel An (et janvier) mais en général la plupart des Koukéri apparaissent en début de printemps.


Koukerovden (Le jour des Koukeri)


Ce jour-la, des hommes portant des costumes très originaux dont l'élément central est le masque monstrueux, investissent les rues et la place centrale du village.  A l'aide de leur apparence et de leur danses magiques au son des dizaines de cloches attachées à leurs ceintures ils chassent les mauvais esprits et la mauvaise fortune afin que l'année à venir soit bonne et la terre fertile.


La première étape rituelle consiste à faire le tour des maisons pour formuler des vœux de prospérité et bonne santé à leurs habitants, en collectant en retour des cadeaux (farine, œufs, haricots...). Chaque visite de maison donne lieu à un spectacle improvisé où fusent farces et situations comiques. Puis les Koukeri se réunissent sur la place centrale où ils s'adonnent à des danses en faisant un maximum de bruits avec leurs cloches.


Dans la région de Strandja, ils vont aussi se mettre spontanément à la chasse des badauds qui regardent et essayer de leur donner une forte tape dans le dos avec leur épée en bois.


Ce geste vise à chasser la mauvaise augure de la personne. La seconde étape consiste dans le labourage et l'ensemencement rituel de la terre.

La figure centrale ici est le roi, généralement le villageois le plus beau / prospère, si possible père d'un premier fils ou à des jumeaux (pour conjurer la fertilité). Une table festive peut être organisée sur la place centrale.

Le roi goûte trois fois du pain ou des mets, bois du vin et formule des voeux de bonne santé, bonne fortune et fertilité.

Ensuite ils prend place derrière le labour, tiré par des Koukeri attelés dedans, et creuse trois sillons en cercle puis les ensemence. Ensuite les Koukeri tuent symboliquement le roi avec sa propre arme après quoi il ressuscite.


Dans une variante répandue le roi n'existe pas, son personnage est occupé par un jeune marié (et sa femme, jeune mariée). Dans cette version les Koukeri tuent le jeune homme puis volent son épouse, ensuite il ressuscite et ils se réunissent à nouveau. Le jeune marié porte une boite dans laquelle tout le monde met une pièce.

Dans la région de Strandja la fête Koukéri se termine par les festivités du mariage du Roi et de la Reine. Tout le monde se réuni autour de longues tables pour partager, en plein air, un grand dîner populaire qui termine l’événement.


Ceci est l'une des représentations génériques parvenues jusqu'à nos jours du rituel Koukeri. Mais en réalité, il s'agit de la reconstitution d'un mythe de l'Antiquité, celui de Zagrée, profondément ancré dans l'inconscient culturel collectif des héritiers des Thraces.


Le mythe de Zagrée


Zagrée (ou Zagreus / Ζαγρεύς) est l'un des dieux les plus importants dans le panthéon thrace, occupant également une haute place dans le panthéon grec puisqu'il s'agit du premier Dionysos (Zagrée-Dyonisos).


Selon le mythe il fut le fils de Zeus, qui prit la forme d'un serpent lors de la conception, et Perséphone. Zeus désigna l'enfant pour son héritier et lui donna même sa foudre pour qu'il joue avec. Zagrée fut placé sous la surveillance d'Apollon et des Curètes.  


Les Moires, cependant, ne voyaient pas les choses ainsi et ils éveillèrent la jalousie de Héra qui envoya les Titans pour assassiner Zagrée. Le petit Zagrée se mit à fuir, en réussissant à échapper aux Titans grâce à ses transformations, mais fut finalement rattrapé, déchiqueté et mangé par les Titans lorsqu'il avait pris la forme d'un taureau.


Le corps de Zagrée fut démembré en sept morceaux par les Titans - la tête, les bras et les jambes, le phallus et le cœur. Le cœur fut sauvé par Athéna et le reste par Apollon, qui l'enfouit sous le trépied de Delphes (d'ou ressuscita le dieu démembré, la naissance du second Dionysos). Les sept pièces du corps démembré de Zagrée sont symbolisés par sept objets sacrés. Le premier est le cône, en lieu du phallus, le plus souvent prenant forme de pomme de pin.


Le second est le losange, symbole orphique revêtant plusieurs interprétations mythiques (la tonnerre, le mouvement tumultueux des vents, la vision terre / feu, le carré (encore la terre)).

Le troisième objet est l'astragale (os, utilisé pour des jeux), symbolisant le cube / la terre; dans le mythe le petit Zagrée jeux à l'astragale alors que les Titans aiguisent leurs couteaux.

Le quatrième sont les mèches / pelotes de laine, qui peuvent être interprétées comme des symboles de la toison d'or mais aussi comme un attribut des Moires (les divinités du Destin).

Le cinquième sont des jouets / poupées avec des parties mobiles qui symbolisent le démembrement du dieu-taureau.

Le sixième est la sphère - la Terre entourée de l'Air (le couple Ouranos / Gaïa, Fils / Mère).

Le septième et dernier objet est le miroir à l'aide duquel Zagrée, le chasseur tout puissant, attrape instantanément tout ce qui vit et ce qui est mort.


Le mythe de Zagrée est répercuté dans plusieurs grands rituels populaires dont l'un est Koukeri (les autres sont Nestinari, Pessi Ponedelnik, les jours de célébration des saints chrétiens Ilia, Saints Constantin et Hélène).


L'implication du mythe dans le rituel Koukeri


Le dieu antique, composé de 7 pièces, est toujours célébré aujourd'hui par les populations bulgare et grecque de Strandja pendant le rituel Koukeri.


Il prend la forme du Kouker Blanc. Le jeune dieu apparaît habillé en sept peaux de moutons qui seront enterrées selon les quatre sens du monde après la fin du rituel. Il porte son thyrse (un grand bâton évoquant un sceptre, le premier objet)), à la tête d'une troupe de compagnons armés (les Curètes), et fait le tour du village. Sur la place centrale il jouera les épisodes principaux - l'accouplement avec la Grande-mère (la Déesse-mère) et la naissance du Loup


(Zagrée, une de ses manifestations), la mort du dieu et la résurrection, insufflée par la Grande-mère, le jeu avec le miroir, le labour symbolique avec des Koukéri déguisés et attelés en guise de bœufs puis l'ensemencement sacré.


A travers la danse du Kouker Blanc et sa troupe chassent les mauvais esprits non seulement des maisons du village mais aussi du corps des chiens (qui symbolisent le loup, une manifestation de Zagrée).


Le rituel de purification des chiens consiste à les attacher par le cou avec une corde puis les faire tourner dans l'air le plus rapidement possible alors que la Grand-mère tisse trois fils de laine au-dessus de l'eau courante (donc cette partie du rituel prend souvent partie sur les berges de la rivière).

Ce rituel en particulier s'avère extrêmement choquant pour les défenseurs des animaux, ARTE en avait consacré une émission entière, en mettant l'accent sur la pratique sauvage. Le rituel apparaît donc comme un acte vulgaire peu compréhensible. La pratique doit être, en réalité, terrifiante pour les chiens. Il n'en meurent pas ni en sortent estropiés. Ce rituel précis s'appelle Pessi Ponedelnik.




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